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« Il me reste le plus difficile et le plus passionnant à découvrir ! »

Il représente, avec d’autres jeunes talents, l’avenir du ski de vitesse français, Hugo Viale n’a que 22 ans mais vise déjà les tops 10 et une participation au Speed Masters de Vars (FRA).

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Hugo Viale, j’ai 22 ans et je suis originaire de Haute-Savoie. Je suis un passionné de sport et plus particulièrement de sport en pleine nature et de sport de raquettes. J’ai fait de cette passion un mode de vie entre ma pratique sportive de haut-niveau avec le ski de vitesse, mes études avec la préparation physique et mentale et mes centres d’intérêts pour des domaines comme l’e-sport, le flow, la culture du mouvement ou encore la nutrition.

Vous avez commencez le ski tout jeune, comment en vient-on au ski de vitesse ?
Effectivement, j’ai commencé le ski très tôt à l’âge de 3 ans. J’ai découvert le ski de vitesse grâce à mon oncle, Michel (ancien skieur de vitesse), et grâce au Xspeed Ski Tour, où j’ai réalisé mes premiers runs chronométrés à l’âge de de 15 ans. Le Xspeed Ski Tour est une animation de ski de vitesse organisé par Xavier Cousseau (recordman du monde en monoski de vitesse) tout au long de la saison d’hiver dans les stations françaises. Ensuite j’ai continué à participer à des compétitions locales dans ma région puis j’ai persévérer jusqu’à intégrer l’équipe de France en 2018. L’avantage de cette discipline peu connue et peu pratiquée, c’est qu’on peut rapidement évoluer vers le haut niveau si on est passionné et déterminé. Mais au-delà de mon parcours, il y a d’autres évènements mis en place chaque année par la Fédération (Française de Ski, qui gère le ski de vitesse, ndlr) pour promouvoir notre discipline comme le Challenge Promotion et le Challenge Quicksilver de ski de vitesse qui sont tous les deux des circuits en plusieurs étapes, ouvert à tout public. On retrouve aussi le championnat de France jeune pour les moins de 18 ans.

Nous sommes la nation la plus représentée dans la discipline !

Hugo Viale (FRA)

​Votre oncle (Michel Viale, ndlr) était surnommé “Pop KL” dans les années 1980. Aujourd’hui qu’est-ce que ce lien vous apporte ?
J’ai un lien très fort avec mon oncle car c’est lui qui m’a lancé dans cette discipline et il me suit sur toutes les compétitions depuis que j’ai commencé le ski de vitesse. On vit cette aventure ensemble et j’ai vraiment beaucoup de chance qu’il soit là pour moi. Il m’aide dans beaucoup de domaines comme la logistique lors des déplacements à l’étranger, la communication ou encore l’analyse vidéo. Je peux analyser mes runs après les entraînements et les compétitions grâce à lui. Tout cela me permet de me concentrer davantage sur ma pratique et ainsi de progresser plus rapidement. Au niveau de la communication, il réalise des petits montages vidéos tout au long de la saison, qu’on publie ensuite sur ma page Facebook pour partager notre aventure et faire connaître au public notre discipline vue de l’intérieur.

ue retenez-vous de cette saison, prématurément close ? 
Tout d’abord, je retiens la belle saison réalisée par l’ensemble de l’équipe de France. Nous sommes la nation la plus représentée en ski de vitesse et la plus médaillée cette saison avec 9 podiums en S1 et 21 podiums en S2. La saison a été courte mais très enrichissante pour moi car c’était ma première année dans la catégorie Speed 1 (avec équipements aérodynamiques, aussi appelée S1, ndlr), donc j’avais très peu de repère en début de saison. Les deux premières étapes de coupe du monde ont été très difficiles (Vars et Salla), j’avais vraiment de mauvaises sensations avec mes nouveaux équipements et j’étais sur la défensive, une position que je n’avais pas l’habitude d’avoir quand j’étais dans la catégorie Speed 2. Ces difficultés m’ont permis de travailler dans la bonne direction car, avec les réglages effectués pendant la saison, j’ai retrouvé de meilleures sensations sur la dernière étape en Suède, même si techniquement, j’ai encore une belle marge de progression, surtout sur mes départs et sur ma position aérodynamique. Mais aujourd’hui, avec l’expérience gagnée cette saison, j’ai les idées plus claires sur ce que je recherche et sur ce que je dois travailler pour être plus performant. C’est ça le plus important que je retiens de cette saison. 

© Chrys Viale

Quels sont vos perspectives pour la prochaine saison ? Le ski de vitesse étant un sport à maturité longue, il faudra rattraper le retard de la saison 2020? 
Dans un premier temps, j’aimerais battre mon record personnel qui est de 181 km/h. Je n’ai pas eu l’occasion de le battre cette année mais je compte bien le faire la saison prochaine.  Ensuite, arrivé 21ème cette saison sur le circuit de la Coupe du monde, j’aimerais intégrer le top 10 au classement général la saison prochaine. C’est un objectif ambitieux mais réalisable. Pour cela je dois me concentrer pleinement sur ma progression et travailler dans tous les domaines ; technique, physique, tactique, matériel et mental. Ça commence dès à présent avec la préparation physique et le peaufinage de mes équipements (ailerons, chaussures, skis et casque), qui représentent à eux deux, un travail considérable avant la prochaine saison. J’aimerais aussi en fonction de mon début de saison et de mes sensations, participer au Speed Master (tentative de record du monde, ndlr) à Vars en 2021. Ce n’est pas l’objectif principal mais je le garde dans un coin de ma tête. Je ne suis pas vraiment dans l’optique précise de rattraper le retard de la saison 2020 mais oui, dans l’idée, le plus important au-delà de ma préparation avant la saison 2021, sera d’effectuer le maximum de runs d’entraînements avant les compétitions pour engendrer le plus d’expérience et arriver le mieux préparé possible. J’ai la chance de travailler avec l’entreprise Vola. On réalise des tests de glisse tout au long de la saison et c’est pour moi une occasion supplémentaire pour m’entrainer et gagner de l’expérience.

​Actuellement le ski de vitesse n’est pas un sport très peu développé, et donc en vivre est compliqué. Que faudrait-il selon vous pour des athlètes puissent en faire un métier ?
Il faudrait déjà développer, à l’échelle des pays qui représentent aujourd’hui le ski de vitesse comme la France, la Suisse, la Suède, l’Italie ou l’Espagne, une catégorie plus accessible que le Speed 1 comme le Speed 2 qui existe déjà mais qui est mis de côté. Il faut redonner de l’importance et de la visibilité à cette catégorie S2 pour attirer plus de pratiquant. Ensuite, il faudrait plus d’infrastructures dédiées à la pratique du ski de vitesse (que ça soit pour le public, pour les entrainements ou pour les compétitions). On a aujourd’hui une seule piste en France pour s’entraîner spécifiquement au ski de vitesse et une petite dizaine de piste homologuées dans le monde pour accueillir des compétitions. C’est trop peu. On a des snowparks pour le ski freestyle, des stades de slalom pour le ski alpin alors pourquoi pas des stades ou des pistes ouvertes à tous pour le ski de vitesse. On sait, avec le Xspeed Ski Tour de Xavier Cousseau, que le public est intéressé par ce genre d’animation. Et enfin, réintégrer les Jeux Olympiques d’hiver pour redonner une image médiatique à cette discipline et le statut de haut-niveau aux athlètes, avec les retombées financières qui en découlent, pour qu’on puisse en faire leur métier.

Le ski de vitesse n’a été sport olympique qu’en 1992 (Albertville). Pensez-vous que son absence de Programme Olympique soit une erreur ?
D’un point de vue de la discipline en elle-même, c’est évidemment une erreur. La devise des Jeux est « plus vite, plus haut, plus fort », on est en plein dedans avec le ski de vitesse. Ce sport aurait toute sa place aux JO, il est plus complexe et plus technique que ce qui peut paraître. Il ne suffit pas de poser les skis dans la pente et d’aller tout droit pour être performant, loin de là ! Après, quand je regarde le développement du ski de vitesse aujourd’hui, je comprends qu’on ne répond pas à tous les critères pour intégrer les JO. Mais je trouve dommage qu’avec la deuxième meilleure audience télévisuelle au Jeux d’Albertville (en 1992), le ski de vitesse n’a pas été intégré officiellement par le C.I.O pour des raisons contestables. Je pense que cette discipline a du potentiel ; à nous de l’exploiter du mieux que l’on peut.

© Michel Viale

L’épreuve était un succès à l’époque, comme vous l’avez dit précédemment. On le constate aussi lors des étapes de Vars. Qu’est-ce qui plaît au public selon vous ?
Je pense que c’est avant tout, la spectacularité de la discipline qui plaît au public avec les vitesses vertigineuses (au-delà des 200 km/h), les équipements hors du commun des sportifs (les ailerons, le casque profilé, les skis de 2 mètres 40 et la combinaison plastique) ou encore le bruit similaire au décollage d’un avion quand on descend à haute vitesse. Je pense qu’il y a aussi la dangerosité et la notion de défi, de dépassement de soi qui plaît au public. Comment un être humain peut se lancer au sommet d’une pente quasiment verticale et tenir sur une paire de skis à 200…220…250, voir 260 km/h bientôt. Cela paraît inimaginable vue de l’extérieur.

Où vous voyez vous, votre sport et vous, dans 5 à 10 ans ?
Honnêtement, je ne sais pas où je serai ni où sera mon sport dans 5, 10 ans. Je ne me projette pas si loin. Aujourd’hui, j’ai découvert qu’une partie du ski de vitesse. Il me reste le plus difficile et le plus passionnant à découvrir, les très hautes vitesses. Je dois y aller étape par étape mais ce qui est sûr, c’est que j’ai envie d’aller plus vite, de dépasser mes limites pour ressentir des sensations encore plus fortes que celles que j’ai pu ressentir jusqu’ici. J’ai des objectifs plein la tête, à court et long terme,  donc je serai présent au moins pour les 3 prochaines saisons. Après, la suite dépendra de mon expérience durant ces années, de ma situation professionnelle et de l’évolution de la discipline. Je ne sais pas si la politique actuelle du ski de vitesse va dans la bonne direction pour son développement, mais il y a de l’espoir avec par exemple, l’homologation de nouvelles pistes de ski de vitesse en Espagne (à Formigal) et en France (à Gavarnie) pour la saison prochaine, ou encore le super travail de Jan Farrell (skieur de vitesse) et de son équipe pour donner une image médiatique à notre sport.

Retrouvez Hugo Viale sur Instagram.

Par Hugo Bâcle | Image de couverture : © David Aguero

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