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Ski de vitesse

Bastien Montès et Marcel donnent un nouveau souffle à la vie tarbaise

Ep. 3 – Ouvert en octobre dernier, « Chez marcel » souhaite dynamiser la vie tarbaise avec son offre culturelle et sa carte audacieuse. Bastien Montès, un des gérants, nous parle de ce nouveau projet.

En cette période de confinement, nous avons eu envie de consacrer une série à des sportifs de haut-niveau qui se lancent dans le milieu entreprenarial. Ils sont coachs personnel ou sportif, patrons de bar, partez à leur rencontre et découvrez leurs projets. Rencontre dans ce troisième épisode avec Bastien Montès, champion du monde de ski de vitesse en 2017, gérant de « Chez Marcel »​, à Tarbes.

Episode 1 : « Sébastien Joumel, du ballon au bonsaï en toute sérénité »
​Episode 2 : « Florent Joli, des terrains de sport aux plateaux de jeux de société »
Episode 3 : « Bastien Montès et Marcel donnent un nouveau souffle à la vie tarbaise »


Bastien Montès bonjour ! Vous êtes skieur de vitesse, et champion du monde de la discipline en 2017, vous êtes aussi freerider et surfer, un sportif accompli et accro aux sensations fortes. Comment devient-on entrepreneur avec un tel profil ?
​Quand tu es athlètes de haut niveau, tu passes tes journées à t’entraîner, préparer ta saison, ton matériel, mais aussi à gérer tes rendez-vous pro, les différentes interviews, séances photos ou plateaux télés, soirées de représentations etc. Et quand tu as un moment à toi, tu penses déjà à des voyages pour t’évader et libérer ton esprit (surf dans mon cas !). C’est une vraie vie de rêve, éprouvante, mais riche et incroyable. Le seul hic, c’est qu’elle ne dure qu’un temps. Pour ma part, j’ai toujours eu la chance d’avoir en parallèle un emploi aménagé le temps de ma carrière sportive au sein du Conseil Général des Hautes Pyrénées, avec des heures annualisées où j’étais libéré l’hiver pour les entraînements et compétitions. Ça m’a permis de garder un pied dans le monde du travail, de subvenir à mes besoins annexes au quotidien. Une carrière coûte cher et les retombées financières dans nos disciplines plus confidentielles sont loin d’être mirobolantes. En plus de ça, tu peux te retrouver du jour au lendemain à la fin de ta carrière (blessures, retraite sportive, manque de performances…) sans plus aucun revenu, sans nouvel objectif, sans but pour avancer. Et le retour à la réalité est très dur, souvent brutal, tu n’as jamais réellement appris à vivre “une vie normale”.. Tu te retrouves bien souvent seul alors que tous tes repères ont volé en éclat. Cet après-carrière est peut être la plus grande épreuve pour un sportif de haut niveau. Beaucoup se concentrent sur l’instant présent, vivent leur vie de rêve mais oublient de se projeter vers la suite. Nous ne sommes pas formés à ça, pas préparés. C’est pourquoi, grâce au soutien de proches, j’ai eu la chance d’être sensibilisé à cette difficulté, et quand j’en ai eu la possibilité, il y a maintenant 6 ans, je me suis lancé dans l’entrepreneuriat, pour assurer mes arrières, apprendre un autre métier au cas où, et surtout garder un pied dans cette “vie normale”.

Bastien Montès lors des Championnats du monde, à Vars, en avril 2019 | © Jan Farrell Media / David Aguerro

Vous avez ouvert en 2019 la brasserie “Chez Marcel”, à Tarbes, pourquoi ce nom ?
Marcel c’est en fait l’aventure d’une bande de copains originaires justement de la ville de Tarbes. Nous nous sommes regroupés derrières un prénom que nous souhaitions « local », inspiré de nos grand-pères et nos grand-mères (nous avions réfléchis à utiliser la double association masculin/ féminin « Marcel(le) » mais graphiquement on nous l’a déconseillé). L’idée était de créer une histoire autour de ce personnage, qui pour nous a vécu une grande partie de sa vie dans nos campagnes, proche de sa terre, attachant mais avec son petit côté anti-progressiste jusque-là. Et qui décide du jour au lendemain, après sa retraite, de partir faire le tour du monde et de commencer le tout premier voyage de sa vie en s’ouvrant enfin au monde, en découvrant et rapportant de nouvelles influences culinaires des quatre coins du globe. C’est ainsi que notre carte se compose de plats très terroirs, très locaux, très classiques, et se dote petit à petit de plats plus exotiques, tendances, avec une touche « healthy » et sensible à la sauvegarde de notre environnement.

Avant “Marcel” il y avait le “Patati Patata”. Quel a été votre cheminement pour aboutir au projet actuel ?
Le Patati était l’établissement d’amis à moi, déjà une référence dans la région, qui proposait une carte de bistro à la décoration épurée, «semi-gastronomique», restaurant ouvert uniquement le midi. Cela faisait déjà 10 ans que le lieu existait et ses deux propriétaires, les frères Labarta, souhaitaient le vendre pour quitter le milieu de la restauration et découvrir de nouveaux horizons. C’est d’abord avec un ami, Florent Dasque, musicien attaché à sa ville comme moi, que nous avions parlé d’un projet coup de coeur, avec une cuisine populaire mais très inspirée de la surf culture, des voyages, et ouverte au plus grand nombre, toute la journée, toute la semaine, pour qu’il devienne un lieu d’échange, de partage. Seuls deux lieux sur la ville correspondaient à ce que nous recherchons en terme de situation et d’atmosphère qui s’en dégageait. On avait donc fait part, il y a déjà deux ans, de notre souhait de racheter l’ancien Patati Patata aux deux frères mais une vente était déjà en cours à ce moment là. C’est seulement un an plus tard que Bastien et Loïc sont revenus nous voir, la précédente vente ayant échoué après de multiples rebondissements, et nous proposant de s’associer avec eux pour finalement se lancer un nouveau challenge, notre projet les ayant conquis, et leur correspondant parfaitement. Un nouveau souffle pour cet établissement sur la place centrale de notre ville (Place Verdun, ndlr). Et finalement, le projet va se conclure avec l’arrivée de deux autres membres, Jean Noël le frère de Florent et Céline Dumerc, capitaine de l’équipe de France de Basket, vice-championne olympique, et amie d’enfance de Loïc.

Nous avions à cœur de faire vivre cette ville qui nous a vu grandir.

Bastien Montès – Associé de « Chez Marcel »

De 2, vous êtes passé à 6 collaborateurs. On y note des profils atypiques comme des musiciens (Florent et Jean-Noël Dasque, du groupe Boulevard des Airs) ou sportifs tels vous et Céline Dumerc. Qu’est-ce qui vous ressemble ?
Notre ville ! Nous sommes tous les 6 originaires de Tarbes. Nous avions à cœur de faire vivre cette ville qui nous a vu grandir, et d’associer nos différentes visions et qualités pour offrir un lieu de rassemblement aux Tarbais. Et puis ce sont les différentes valeurs du sport et de la culture qui nous ont tout naturellement rassemblés et soudé.

Une des salles de Chez Marcel | © Chez Marcel

Votre déco est faite de matériaux de récupération, vous proposez une cuisine locale et bio, des animations culturelles diverses (théâtre d’improvisation,…) comment décririez vous votre concept ?
​Le terme de “rassemblement” décrit au mieux notre concept. Dans notre cuisine, on rassemble des plats locaux, très traditionnels (confit de canard, côtes à l’os) et des plats plus actuels (burgers, salades) voir plus exotiques (bowls, avocado toast), le tout en travaillant au maximum avec des producteurs du coin*. ​De part nos sensibilités personnelles, nous nous sommes attachés dans toutes nos offres à avoir une proposition classique mais également au moins une offre locale et une offre bio : le vin, la bière, le café, les plats, les jus de fruits… Notre concept propose de venir 7 jours sur 7 prendre son café et son petit déjeuner le matin, de passer le déjeuner du midi autour de notre carte de brasserie, rester l’après midi pour jouer à nos jeux de société en dégustant quelques pancakes ou boissons du salon de thé, enfin prendre l’apéro autour de quelques tapas avant de passer à table sur une carte de soir plus dynamique. L’établissement ferme ses portes à minuit en semaine mais propose chaque vendredi soir un concert live, et des soirées ambiance le samedi jusqu’à 2h du matin. Le week end, les gens peuvent également se retrouver autour d’un carte de “brunchs” en famille. De nombreuses animations viennent se greffer chaque semaine autour du programme habituel, parfois quelques surprises (on a fait jouer le groupe « Boulevard des Airs », sans que les clients ne soient au courant), et il nous tarde d’être cet été pour profiter de notre fameuse terrasse aux pieds de la fontaine ! Notre souhait est vraiment de rassembler toutes les générations, toutes les populations dans un lieu unique et chaleureux au centre-ville, un peu comme à la maison, et de partager notre joie de vivre avec tous les Tarbais.

Comment le public tarbais a accueilli votre projet ?
On n’aurait pas pu espérer un meilleur accueil. Les Tarbais se sont retrouvés dans ce projet et ont répondu présent dès notre ouverture. De nombreux retours positifs nous ont conforté dans notre choix d’établissement. Le Maire lui même nous a apporté son soutien dès les premiers jours, en soulignant un lieu fédérateur, locomotive dans l’élan de renouveau du centre-ville. À nous maintenant de faire en sorte que la belle aventure continue !

​Où en êtes-vous aujourd’hui et qu’avez-vous fait lors des dispositions prises par le gouvernement pour lutter contre le Covid-19 ? 
Nous avons eu la chance de bénéficier d’un bon départ pendant nos 5 premiers mois d’activité, ce qui va nous permettre de passer la crise sanitaire sans risquer une fermeture prématurée de l’établissement. En revanche, on espère que les clients répondront présent dès notre réouverture, car les premiers mois risquent d’être assez compliqués pour relancer la machine. On a fermé du jour au lendemain l’établissement, nous devons assurer le paiement des salaires de nos employés à hauteur de 84% en attendant un remboursement de l’Etat, et toutes les autres charges (loyers, emprunts, gaz, électricité, impôts, Urssaf) restent pour l’instant prélevées. Une grosse partie de nos réserves alimentaires ont dû être distribuées pour éviter le gaspillage. Il va falloir serrer les dents et redoubler de sourire à la réouverture !

​Pensez-vous que la crise du Covid-19 va affecter vos activités futures ? 
Je ne le pense pas, ou du moins ne l’espère pas. En tant que consommateur, j’ai à cœur de faire repartir les économies locales en privilégiant les petits producteurs du coin et les commerces de proximité. Et puis j’imagine que le jour de la “libération” les gens vont souhaiter se retrouver et se rassembler avec hâte. Et quoi de mieux qu’un bar/restaurant pour renouer les liens avec tous ses amis et sa famille, pour pouvoir enfin respirer tous ensemble

*voir en fin d’article « Informations pratiques »

Bastien Montès lors des Speed Masters de Vars, en avril 2019 | © David Aguerro

​Vous êtes un athlète de haut-niveau, vous parcourez l’Europe pour les compétitions de ski de vitesse. Est-ce que cette double casquette est simple à tenir ?
C’est sur qu’il y a plus simple, j’ai parfois l’impression d’avoir deux vies, de ne jamais toucher terre. Pendant quelques années je me suis surpris à travailler au restaurant jusqu’à minuit, prendre la route dans la foulée pour les Alpes, attaquer 4 jours d’entraînements et repartir à midi le dernier jour juste après avoir rangé les skis assurer le service du soir, à 7h de route de là … Je me demande parfois comment j’ai réussi à tenir. Mais avec du recul, l’aventure en est d’autant plus belle ! Mais ne posez pas la question à ma mère, elle s’en arrache encore les cheveux… (rires).

Les qualités requises par une carrière sportive sont souvent les mêmes demandées dans l’entrepreneuriat.

Bastien Montès – Associé de « Chez Marcel »

Qu’est-ce qui avantage un athlète de haut-niveau dans le milieu entrepreneurial ?
Le premier avantage reste la reconnaissance. Les différentes oreilles sont souvent plus attentives à nos projets de part nos carrières d’athlètes de haut-niveau. Ensuite cela reste du business, à nous d’être bon pour nous vendre. En revanche les qualités requises par une carrière sportive sont souvent les mêmes demandées dans l’entrepreneuriat. La capacité à tenir la pression, l’organisation, le support de la charge de travail, le dépassement de soi, cela fait finalement de nombreuses années que l’on s’y prépare !

Ce projet est une préparation à l’après, à votre retraite sportive ?
Exactement, pour l’instant je le vis comme une aventure, je sais que je ne ferai pas uniquement ce métier le reste de ma vie, un nouveau projet verra surement le jour. Mais il me permet de commencer à préparer mon avenir, et de continuer à garder les pieds sur terre !

Infos pratiques

Retrouvez Bastien Montès, champion du monde 2017, sur son site internet (bastienmontes.com) et sur Instagram.

« Chez Marcel » propose une large sélections de produits locaux parmi lesquels : truites de Lau Balagnas (fumée par Damien Cazaux), fromages de chèvre de la Ferme d’Angélique, à Ossun, jus de pomme bio de Barousses,…
Retrouvez « Chez Marcel  » sur Instagram et sur Facebook
Adresse : 
5 Place de Verdun
65000 – Tarbes 
Tél : (+33) 05.62.56.99.31

Par Hugo Bâcle

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