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Canoë-kayak Interview Jeux Olympiques et Paralympiques

« Finir ma carrière sur des Jeux à la maison serait incroyable »

Kayakiste française, olympienne, Léa Jamelot nous parle de son sport, de sa préparation, chamboulée, pour les Jeux de Tokyo, et de sa vie profesionnelle.

Léa Jamelot bonjour, vous êtes kayakiste, comment avez-vous découvert ce sport ?
La toute première fois que j’ai découvert le plaisir de pagayer en pleine nature, c’était lors d’une colonie de vacances, sur le canal de Nantes à Brest, (et dans un gros canoë en plastique forcément !). J’ai le souvenir d’un cours d’eau étroit au milieu des arbres, ça me semblait très exotique. A mon retour, ce sont mes voisines qui pratiquaient le kayak qui m’ont amené au club nautique le plus proche pour que je puisse refaire « ce sport génial » !

Votre spécialité est la course en ligne, qu’est-ce qui vous plaît dans cette discipline et pourquoi vous être tournée vers elle ?
Comparé au kayak de descente de rivière ou au kayak slalom, qui se pratiquent en eaux vives, on peut penser que la course en ligne est monotone car elle se pratique sur eau plate mais ce que j’aime dans mon activité, c’est la sensation de glisse. Le kayak de course en ligne est une embarcation très étroite, profilée, conçue pour filer sur l’eau à vitesse élevée. C’est aussi la discipline dans laquelle on peut faire de l’équipage ; K2 (kayak 2 places), K4 (kayak 4 places). J’aime la symbiose, et encore une fois la vitesse élevée que nous pouvons atteindre dans ce type de bateau, et le fait de pouvoir naviguer presque partout ; canal, lac, rivière sans courant… dans des lieux parfois incroyables, en harmonie avec la nature.
Côté compétition, je préfère la confrontation directe, et la course en ligne est la seule discipline olympique qui se pratique dans des couloirs, comme l’athlétisme ou la natation, où lorsque l’on passe la ligne d’arrivée, on connaît notre classement.

Participer aux Jeux Olympiques, c’est le grâal pour nombre de disciplines.

Léa Jamelot (FRA)

Vous êtes aussi une athlète olympique, vous avez participé aux Jeux de Rio, en 2016. Que retenez-vous de l’Olympiade ? Est-ce une consécration pour vous ?
Mes premiers Jeux Olympiques ont été tout simplement incroyables, je les ai vécu avec des paillettes dans les yeux. Le kayak est un sport confidentiel, nous ne sommes pas habitués à une telle médiatisation comme celle qu’offre les JO. J’ai été ébahie par l’ampleur de l’événement, le côté grandiose… Je m’y attendais, mais peut-être pas à ce point. Participer aux Jeux Olympiques, c’est le graal pour nombre de disciplines sportives. Pour ma part, c’était clairement une consécration oui, l’aboutissement de nombreuses années d’entraînement. Comme j’aime le dire, c’était un rêve lorsque j’ai commencé le kayak, et au fur et à mesure de mon évolution, c’est devenu un objectif. Maintenant, c’est chose faite, je suis une olympienne mais j’ai un nouvel objectif ; celui d’être médaillée olympique !

Vous avez terminé 12e en K4. Qu’avez-vous tiré de ce résultat aux Jeux Olympiques dans votre carrière sportive ?
Si ma participation à Rio 2016 en K4 500m reste inoubliable, notre performance n’a pas été à la hauteur de nos attentes ni de notre engagement. Nous n’avons pas réussi à entrer en finale et ce fut une énorme déception. Mais ça m’a motivé d’autant plus pour préparer les olympiades suivantes et revivre cette incroyable aventure olympique. Aujourd’hui, j’aspire à mieux, et je m’entraîne pour.

Récemment, avec le contexte actuel, les Jeux de Tokyo ont été reportés à 2021. Vous vous disiez prête à y aller, dans le journal Ouest-France (article payant ici). Comment avez-vous vécu le report ?
Dans un premier temps, même si je ne peux qu’approuver une telle décision, le report a été très dur à accepter. Les Jeux se préparent pendant 4 ans, et même plus. Depuis Rio, j’attends ce moment, et m’y prépare pour être au maximum de mon potentiel le jour J. D’un coup, alors que nous étions en pleine préparation, et rentrions d’un long stage d’entraînement en Australie, tout a été mis sur pause. Toute notre vie est tournée autour de cet objectif olympique : entraînements, calendrier, organisation de la vie professionnelle et personnelle, hygiène de vie (alimentation, sommeil)… Et d’un coup, tout s’arrête. C’est comme vivre la fin d’une saison sportive sans l’échéance qui la précède. C’est une sensation très étrange. Depuis, j’ai eu le temps de digérer et de rebondir afin de mettre en place des choses qui vont me permettre d’être performante l’année prochaine ; capacité d’adaptation, instant présent, relaxation… autant de choses que l’on demande à un sportif de haut-niveau et que le contexte favorise.

Léa Jamelot et ses coéquipières dans les anneaux du village olympique de Rio 2016 | © Photgraphie fournie par Léa Jamelot

Quel est l’impact du Covid-19 sur votre sport ? Pensez-vous qu’il y aura des conséquences indélébiles sur ce dernier ?
Je n’ai pas encore suffisamment de recul pour le dire, même si j’imagine que l’actualité va avoir un profond impact et de nombreuses conséquences sur l’ensemble des secteurs. Nous allons probablement faire face à une année blanche, c’est la première année depuis 12 ans que je n’aurais pas de compétition internationale en été. J’ose espérer que nous saurons réagir et peut-être même en tirer des points positif.

Vous êtes par ailleurs chargé de communication en entreprise. Comment gérez-vous les deux casquettes ?
J’ai toujours évolué dans un contexte de double-projet. Lorsque j’ai intégré le Pôle Espoir de Rennes, mon premier centre d’entraînement, je préparais mon bac. J’avais donc déjà deux objectifs. J’ai ensuite enchaîné les études supérieures jusqu’au master en m’entraînant pour Rio. A la suite de l’obtention de mon diplôme, je tenais à poursuivre une activité professionnelle, car cela participe à mon équilibre. Mon temps de travail en entreprise oscille entre 30 % et 50 % dépendant des saisons, pour me permettre de préparer au mieux mes objectifs sportifs et olympiques. Bien sûr ce n’est pas facile tous les jours et cela génère parfois de la fatigue mais c’est un choix de ma part et cela contribue à mon bien-être. Au final, cela m’apporte plus d’avantages que d’inconvénients. J’ai l’immense chance d’être soutenue par l’ensemble de mon entreprise (qui me sponsorise depuis bientôt 10 ans) et de pouvoir compter sur une équipe formidable qui m’encourage dans ma démarche sportive.

Qu’est-ce que vous apporte votre carrière et votre expérience d’athlète dans votre carrière professionnelle ? Et inversement ?
Je pense que je suis ambitieuse, autant sportivement que professionnellement. Le sport m’apporte aussi de la rigueur, de l’organisation, et facilite ma capacité à travailler en équipe.
Inversement, mon poste de chargée de communication me donne des responsabilités qui développent ma confiance en moi, indispensable dans la recherche de performance sportive. Elle m’offre aussi des outils pour me questionner sur ma pratique de haut-niveau, il y a en effet beaucoup de points communs entre la recherche de performance en entreprise et dans le sport.

Léa Jamelot dans l’entreprise pour laquelle elle travaille | © Photgraphie fournie par Léa Jamelot

Aujourd’hui comment envisagez-vous la suite de votre parcours sportif ? Quels sont vos objectifs ?
A travers les privations, le confinement m’a permis de me rendre compte à quel point j’aime le sport, j’aime le kayak, et combien il est important dans ma vie. Aujourd’hui, je veux vraiment retenir que mon objectif premier est de progresser, d’apprendre sur moi, de m’améliorer. Bien sûr je rêve de médaille, de podium, mais je pense que ça passera par là, par le plaisir d’apprendre, le plaisir de la pratique au quotidien. Tokyo est bien présent dans ma tête, et Paris aussi. Finir ma carrière sur des Jeux à la maison serait incroyable !

Un message particulier à faire passer ? 
J’aurais tellement de personnes à remercier car nombreux sont ceux qui participent à mon épanouissement dans le sport. Je pense notamment à mes coéquipières et partenaires d’entraînement, à l’équipe de France plus globalement, j’ai fait de si belles rencontres grâce au sport. Je pense aussi à ma famille qui a réussi à trouver le bon équilibre pour me soutenir sans me mettre la pression, les avoir près de moi à Rio a été tellement important pour moi. Enfin, une rencontre plus récente mais pas moins importante : Fred, mon entraîneur actuel, qui est celui qui m’a fait rejoindre Toulouse l’année dernière, joue un rôle énorme dans ma manière de concevoir le sport, et la vie en général. J’aime la philosophie qu’il me transmet chaque jour à l’entraînement et en dehors et je le remercie infiniment pour ça. À 27 ans, je grandis encore chaque jour grâce à lui !

Par Hugo Bâcle – Université de Poitiers | Image de couverture : © fournie par Léa Jamelot

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