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« À chaque compétition je n’avais qu’une envie, rentrer chez moi ! »

Après deux décénnies sur les tatamis, Kyliann Bonnet n’en pouvait plus. Il nous raconte son mal-être, qui a poussé le français à prendre sa retraite.

Kyliann Bonnet bonjour, vous êtes un grand ami de notre association, comment allez-vous aujourd’hui ?
 Je vais très bien ! Mes joues peuvent parler pour moi (rires).
 
Aujourd’hui vous vous exprimez sur un événement majeur dans votre carrière, votre retraite, que vous avez annoncé il y a quelques semaines. Pourquoi ce choix ?
Dire toutes les raisons de ce choix prendrais bien plus que quelques lignes. Comme je l’ai résumé dans ma publication ce choix ne date pas d’hier. Ça arrive à tout athlète qui s’entraîne deux fois par jour pendant des années de ne plus avoir envie de pratiquer. Mais pas quand ça dure des mois et des mois. Quand votre tête est sans cesse en train de penser à ce que vous pouvez faire après, ce que vous pouvez faire d’autre que votre carrière sportive, c’est déjà mauvais signe. Puis à chaque compétition, peu importe où j’allais, je n’avais qu’une envie : rentrer chez moi. Le pire moment, c’est quand vous vous en rendez compte, c’est triste.

Le pire moment, c’est quand vous vous en rendez compte, c’est triste.

Kyliann Bonnet (FRA)

À l’automne dernier, vous aviez participé aux Jeux Mondiaux militaires, à Wuhan (CHN), l’an passé vous étiez même aux Universiades. Pourquoi arrêter maintenant ?
Le moment dont je parle précédemment et où je me suis rendu compte que ça n’était plus comme avant c’était en septembre 2019. On savait qu’on était en sélection pour le TQO (Tournoi de Qualification Olympique, ndlr) jusqu’à décembre. Donc je me suis dit « ferme ta gueule, fini ce que tu as commencé » (sic)C’est ce que j’ai fais. Mais j’étais tellement dans le « il faut finir, il faut finir » que pendant plusieurs mois j’en étais devenu insomniaque. Et là… Vous regardez le plafond jusqu’à 5h du matin. Vous vous levez, vous retournez vous entraîner, et vous recommencez en espérant dormir cette nuit. L’INSEP m’a vu marcher bien des nuits à 3 ou 4 heures du matin dehors. J’étais devenu fou, je prenais du poids sans rien faire. J’attendais cette selection. Au final, elle a été décalée 3 mois après et il fallait repartir sur 4 compétitions. J’ai appelé un ami pour me plaindre de ce que je vivais, et vous savez ce qu’il m’a dit ? Mot pour mot : “Oh pelo ! Tu fais et tu as fais des choix, personne ne te met un couteau sous la gorge, alors arrête de te plaindre (sic)”. La suite vous la connaissez. J’avais tout préparé en amont, pour avoir une sortie sûre (études, travail, projets) et je suis allé donner ma décision à la DTN (Direction Technique Nationale, ndlr).

Dans votre annonce sur les réseaux sociaux, vous dites que le taekwondo est devenu quelque chose que vous détestiez, que les anneaux olympiques ne vous faissaient plus rêver, pourquoi ?
Impossible d’expliquer pourquoi, mais j’avais un sentiment d’injustice. Je travaillais énormément, et mes résultats n’étaient pas à la hauteur de mes attentes. Où alors quand ils commençaient à être bon je me blessais. J’ai changé mes méthodes d’entraînements, j’ai essayé d’autres choses pour ne rien regretter. Les Jeux ça fait toujours rêver, mais moi, ça ne me faisait plus rêver du tout, au point de ne plus fournir les efforts nécessaires pour y aller. C’était devenu secondaire dans ma vie.

Kyliann Bonnet, médaillé de bronze lors des derniers Jeux Militaires Mondiaux à Wuhan (CHN) | © CISM

Vous sentez-vous plus léger aujourd’hui ?
Léger ? Ça dépend dans quel sens (rires) ! En terme de poids, je suis passé de 62 à 71kg en 2 mois ! Mais bien sûr, je n’ai jamais refait d’insomnie depuis mon arrêt ! Et puis si vous me suivez sur Instagram vous verrez que je continue à beaucoup bosser pour pouvoir vivre ma meilleure vie !

Que retient-on de 19 années passées sur les tatamis ? 
Tellement de choses. J’hésite entre les 17h de car pour aller à l’Open d’Autriche, ou les -2kg avec k-way avant la pesée. Il y avait les farewells (fêtes de post-competition) aussi, c’était bien (rires). Plus sérieusement je retiens que j’ai appris à combattre, et, j’aime combattre, en tout point. 

Aujourd’hui qu’allez-vous faire ? En marge de cette interview vous aviez parlé de divers projets, lesquels ? 
On va dire que j’ai trois activités. Ma vie d’étudiant en kinésithérapie, en vu d’obtenir mon diplôme dans 2 ans. Mais le projet auquel je faisais allusions, c’est le suivant. Je souhaite proposer des conférences pour les entreprises, sur les liens entre le sport de combat à haut niveau et les enjeux d’un grand groupe ! Ça fait longtemps que je le travaille avec une équipe qui a fait et fait du bon boulot (web designer, videaste et philosophe). Un site arrive bientôt… Et enfin, je commence tout juste à donner des cours pour permettre au pratiquant de MMA, kick boxing et ou boxe thaï, d’utiliser au mieux leur coups de pieds ! ​

Je suis passé de 62 à 71 kilos en deux mois.

Kyliann Bonnet (FRA)

​Reverrons-nous un jour Kyliann Bonnet sur les tapis ?
Non pas en Taekwondo. Autour par contre, en tant que kiné peut être ou pour encourager l’équipe de France.

Quelques mots pour finir ?
J’aimerais remercier mes partenaires, en particulier la société CODICE, ce sont eux qui m’ont permis de faire aboutir ma carrière sportive et de la finir sans aucun regrets !

Par Hugo Bâcle – Université de Poitiers | Image de couverture : © Turkish Open

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