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« L’essentiel est d’être prêt lorsque le jour viendra ! »

Blessé en janvier dernier, le valaisan est impatient de reprendre les skis après une longue convalescence. Arnaud Boisset revient pour nous sur son parcours, son actualité récente et ses objectifs.

Comment vous en êtes venu au ski ? 
J’ai découvert le ski avec mes parents. Ils ont toujours fait du ski par plaisir et ils m’ont mis dessus à 2 ans. Je prenais beaucoup  de plaisir, toujours partant pour y aller. On louait un appartement pendant les vacances à Verbier, et j’allais sur les pistes tous les jours ! Vers l’aĝe de 6 ans, je voulais faire de la compétition, passer des portes, mon parcours s’est fait tout seul, naturellement. J’avais et beaucoup d’énergie et j’étais turbulent et donc sur les pistes j’étais libre. C’était un moyen de me défouler, puis ça fatigue bien alors ma mère était contente (rires). Le ski, on l’a toujours fait en famille, avec le plaisir, c’est le plus important. 

Vous parlez de plaisir, aujourd’hui est-ce toujours une valeur essentielle dans votre pratique de haut-niveau ?
Le plaisir est toujours essentiel, il l’est à 200%. La notion a évolué avec le temps mais le plaisir est toujours là. Avant c’était plus du loisir avec les copains, dans les plus petits niveaux. Là, le ski devient un métier, donc la perception change, comme la dimension de mon ski. La nuance est forte mais pas oublier les basses, c’est important dans une carrière. Si un jour il neige beaucoup et qu’il est pas possible de faire un entraînement normal avec de la technique, j’hésite pas, je prends les ski de freeride et je me fais plaisir à fond !

Le ski est en Suisse un sport national. Que représente pour vous le fait d’être en équipe nationale ?
C’est une grande fierté avant tout, je pense que c’est un petit rêve. On ne comprend pas les échelons au début mais plus on avance, plus on comprend, plus on se rend compte du chemin parcouru et plus on est fier. En Suisse, la concurrence est forte, on est la meilleure nation qui soit, donc les places sont chères, très chères ! La densité est telle qu’être parmi les espoirs c’est vraiment un honneur. Si demain tout s’arrête pour moi, je n’aurais pas de regrets et serait fier de tout ce que j’ai déjà accompli ! 

La crise a contribué au bon déroulement de ma rééducation !

Arnaud Boisset

En janvier 2020 vous vous êtes déchiré le ligament croisé antérieur du genoux gauche, que vous avez qualifié avec humour sur les réseaux sociaux de “demande de divorce”. Aujourd’hui comment allez-vous ? 
Ça va très bien ! Je viens de passer les 9 mois post-opératoires. J’y pense plus. J’ai repris le ski le 1er septembre après 6 mois et demi de rééducation. Mon ressenti est très bon. Je skie bien, tellement bien que je me demande parfois à quel genou je me suis blessé, donc je dois faire attention (rires).
 
La crise sanitaire mondiale a-t-elle compliqué votre convalescence, votre retour au sport ? Comment avez-vous fait ? 
Au contraire ! Etrangement la crise a contribué au bon déroulement de ma rééducation. J’ai été opéré mi-février, et les courses se sont arrêtées 3 semaines après. Du coup je n’avais pas grand chose à faire alors je me suis focalisé sur mon genou. À la mi-mars, la situation est devenue plus critique en Suisse, mais j’ai pu faire mon entrainement journalier. J’ai pu continuer à avoir trois rendez-vous par semaine chez le physiothérapeute. 
 
Vous êtes aussi passé par le Centre national de Sport à Macolin, qu’en retenez-vous ?
J’ai fini ma convalescence là-bas. On était confiné donc les journées c’était entraînement, récupération, puis retour en chambre, où j’ai pu, là aussi, avoir du temps pour moi et mon genou. J’ai eu beaucoup de chance ! Malgré un contexte difficile pour tout le monde j’ai eu accès à des physiothérapeutes et des entraîneurs de qualité, et je les remercie pour le travail exceptionnel qu’ils font.

© Agence ZOOM

Vous avez participé aux dernières Universiades d’hiver, en 2019. Au-delà de vos résultats, mitigés, qu’en retenez-vous ? 
En Suisse, les Universiades sont connues mais il n’y pas assez de reconnaissance car ça ne concerne que des étudiants qui font du sport, donc pas forcément des athlètes de haut niveau.  Les résultats n’étaient pas très bons mais j’en garde le souvenir émotionnel le plus fort de ma carrière. J’étais pas du tout dans la performance, aux Universiades le plaisir passe avant tout. Il ne faut pas oublier que ce sont surtout des étudiants, donc les intérêts sportifs c’est bien mais ce n’est pas la priorité. Le plaisir est mis en avant. Le sport, l’atmosphère est très bénéfique, presque totalement différente des autres compétitions. On y retrouve une ambiance d’équipe qui, pour moi, manque à Swiss Ski. À Krasnoyarsk, le collectif était vraiment fort. Par exemple, quand Yannick Chabloz mon coéquipier, que je salue (rires​), décroche l’or, alors que j’avais fait une course qui me plaisait et bien j’étais presque aussi content que lui ! 
 
En janvier dernier, vous n’avez pas été retenu pour la descente de Wengen, cela aurait pu être votre première expérience en Coupe du Monde, malgré de bons résultats. 10 mois après, que retenez-vous de cette décision ? 
Sur le plan personnel, c’était quelque chose de dur à accepter parce que j’avais livré la performance demandée, mais je n’ai pas eu de retour sur cette performance. Après, avec le recul j’ai compris qu’il fallait aller plus loin et ne pas s’accrocher dessus. Dès que j’ai appris la décision du staff, je suis parti malgré le fait qu’il voulait que je reste. Il fallait que je prenne du temps pour moi. Pour aller à Wengen, il faut faire 15 minutes de train, c’est là que j’ai fait mon deuil. Quand je suis sorti de la gare, et que j’ai repris ma voiture, c’était derrière moi. Je retiens de cet épisode que la vie n’est pas forcément juste. Les règles du jeu sont là et il faut faire avec. Il ne faut pas se lamenter sur son sort. Je souhaitais répondre en attaquant et en montrant que je vaux mieux. 
 
Cette décision vous pousse-t-elle à donner le meilleur de vous-même cette saison ? 
En soit, le premier départ n’est pas le plus important d’une carrière, les médias y accordent beaucoup d’importance mais tu peux faire un premier départ énorme et n’être plus personne quelques courses après. Je sais que j’ai le niveau pour ce premier départ, tôt ou tard il va arriver, je le sais. L’essentiel est d’être prêt lorsque le jour viendra. J’ai eu beaucoup de messages de soutien, et sans doute plus qui si j’avais fait un premier départ en Coupe du monde avec un résultat médiocre. Aujourd’hui, je pense que les coachs savent qu’ils ont fait une erreur, mais je n’en tiens pas rigueur, ça forge l’expérience.

Oui, je me vois sur une Olympiade !

Arnaud Boisset

Quels seront vos objectifs cette saison, que l’on peut considérer comme une saison de reprise ? 
Je ne la vois pas comme une saison de reprise dans le sens où j’ai autant de jours de ski que l’année passée au même moment. Avec la Covid je n’ai pas l’impression qu’il me manque quelque chose, vu que tout s’est arrêté peu de temps après ma blessure. Il y aura d’autres difficultés cette année. Ma première Coupe du monde si ce n’est pas cette année, ce n’est pas grave. Je vise une place fixe nominative pour la coupe du monde et pour ça je dois être dans les 3 premiers en coupe d’Europe au classement de la discipline. En Suisse la concurrence est importante donc c’est le meilleur moyen pour construire un bon projet, se préparer au mieux et se sentir prêt. Pour ça, je dois être constant et être régulier, viser les tops 10 et finir le plus souvent sur le podium. 

Les Jeux de Pékin, dans un an et demi, Milan en 2026, vous vous y voyez ? 
Clairement, oui, je me vois sur une olympiade. En Suisse on a l’habitude de plan carrière calqué sur les Jeux. En 2022 les places seront très chères car l’équipe suisse est performante. Ça va être compliqué pour moi mais la porte est toujours ouverte, il suffit de regarder Gilles Roulin, en 2018. Ce ne sera pas un échec si je ne suis pas à Pékin. Par contre, en 2026 j’aurais 28 ans, l’âge d’or en vitesse !

Par Hugo Bâcle – Université de Poitiers | Image de couverture © Keystone

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