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Equitation - Dressage France Handisport Interview

« Il faut trouver la bonne alchimie »

Camille Jaguelin est membre de l’équipe de France de paradressage. Atteint par un AVC après sa naissance, il nous parle son handicap et de ses objectifs, avec les Jeux de Paris en ligne de mire.

Vous avez découvert le milieu équestre en commençant votre rééducation à l’âge de 7 ans. Qu’est-ce qui vous plaît lorsque vous êtes au contact des chevaux ? 
J’ai toujours été amoureux des animaux, aussi loin que je me souvienne. Je passe énormément de temps avec eux et surtout avec les chevaux. Ce sont mes partenaires de danse. Le lien affectif que l’on peut avoir avec des animaux de 600kg est fantastique. En plus, ils sont très émotifs, si on ne va pas bien, ils ne vont pas bien. C’est le meilleur animal qui soit.

Peu après votre naissance, vous avez été victime d’un AVC. Depuis, vous avez une faiblesse musculaire sur la partie droite de votre corps. Est-ce que le cheval ressent le handicap, comment le montre-t-il ? Car les chevaux sont des animaux sensibles. 
Les chevaux sont très intelligents. Ils savent que j’ai une faiblesse, ils peuvent en jouer. J’ai pas la force à droite, ils sont pas très droit et jouent de ça. Ils le ressentent. C’est comme une thérapie où le cheval est beaucoup utilisé. Si vous regardez un peu partout, le cheval est un psychologue, avec un tel animal, on se sent bien, libre. Il nous apaise dans notre quotidien et plus tu lui donne de la douceur, plus il devient proche de toi. C’est un thérapeute et un kiné.

Aujourd’hui vous êtes en équipe de France. C’est une réussite pour vous ? 
C’est une de mes réussites. C’était un de mes objectifs. Mon objectif est aujourd’hui l’or paralympique. Je me lève tous les matins pour être médaillé à Tokyo, et même mieux, à Paris ! Jamais aucun français n’a été médaillé, donc pouvoir marquer l’histoire de mon sport serait un aboutissement. J’aimerais avoir une médaille individuelle et une médaille collective. On travaille avec la fédération sur ce projet. Grâce à cela j’ai des sessions d’entraînements avec des intervenants de reconnaissance internationale. 

Quel impact a eu la crise sanitaire sur votre pratique sportive ? 
Oui et non. Malheureusement ma jument s’est blessée en janvier. Le confinement est arrivé peu de temps après en mars donc je n’ai pas manqué beaucoup de compétitions. Je n’avais pas de cheval donc peu d’impact et pas de temps perdu. Par contre, avec l’absence de sport, j’ai perdu du muscle et pris du poids, que j’ai vite perdu derrière (rire). C’est un rythme sportif qui se casse du jour au lendemain donc ça a été compliqué à gérer. Aujourd’hui on se sent libre comparé au début d’année, on va se lâcher, mais si les compétitions sur la nouvelle saison sont limitées.

Comment avez-vous choisi votre nouveau partenaire ? 
Le choix se fait sur le feeling  L’équitation est un sport à la fois individuel et collectif. On est deux, on danse à deux. Mon collègue c’est mon cheval, on travaille à deux, bref tout est à deux, donc il faut trouver la bonne alchimie. Je suis guidé par la fédération et l’entraîneur national dans les choix mais la décision finale m’appartient. Ce sont des chevaux de 5 ans donc on ne peux pas savoir ce qu’ils vont devenir. Lorsque tu as une nouvelle monture, tu paries sur ton avenir, tes futures performances. Là, j’ai un bon cheval, ​donc l’avenir s’annonce bon ! 

Je ne voulais pas faire de haut-niveau

Camille Jaguelin

En parallèle de votre vie d’athlète de haut-niveau, vous êtes coach. Pourquoi cette activité est-elle importante pour vous ? 
J’ai la chance de travailler, grâce à mon statut d’athlète de haut-niveau, gens renommés. Tout ce savoir qu’ils me donnent, je suis heureux de le partager aujourd’hui avec des gens qui n’auront pas forcément la chance de vivre ce que je vis. C’est un réel plaisir.

Que vous apporte les chevaux dans la perception de votre handicap ?
Il y a eu une période de mon enfance ou j’ai détesté mon handicap, au collège surtout. Je me disais “Pourquoi je ne peux pas faire comme tout le monde ?” Lorsque j’étais près des chevaux, j’oubliais tout ça, j’oubliais ce handicap que je haïssais. Aujourd’hui j’en rigole, je joue sur mon handicap, je l’accepte, et même, je m’en fout (rires). Quand je coach des personnes handicapées, qui doivent se reconstruire, je me sers de mon histoire personnelle. J’aide à accepter le handicap auprès de personnes qui parfois n’y ont jamais été confrontées. Je pense à une personne que j’ai accompagnée à la suite d’un accident. On a trouvé des solutions et tout s’est joué mentalement. J’ai aidé cette personne et tout s’est bien passé. Pour moi c’est que du mental et de la satisfaction lorsque je vois que grâce aux chevaux, grâce à ce petit accompagnement, la personne se sent mieux, se sent normale.

“Mon handicap, la force de mon avenir”, telle est votre devise. Quelle message souhaitez-vous passer à travers elle ? 
Que tout est possible à qui se donne la peine de réussir. Je n’acceptais pas le handicap, je l’ai mal vécu, je me suis renfermé à cause de lui. Je ne voulais pas faire de haut-niveau, ni passer à la télé de peur de montrer mon handicap. Mais un jour, j’en ai eu marre de faire de l’obstacle, et c’est en étant bénévole aux Championnats d’Europe de dressage que je suis tombé amoureux de la discipline et que je me suis dit : « j’aimerais bien tenter”. Après cet épisode, je me suis fixé le défi d’y retourner en tant que participant. Aujourd’hui j’en suis là, aux portes des Jeux. Je me suis donné la peine de le faire, car tout est dans la tête. Du moment que tu as l’envie, la niaque, tu peux tout faire ! ​

Quels sont vos objectifs cette saison ?
C’est le flou complet, c’est compliqué. Mes chevaux et moi sommes prêts. On a eu ce frein en 2020. C’est la première année ou je suis autant rester chez moi. Je suis surexcité mais je ne sais pas où on va aller. Je vais me concentrer sur les objectifs en disant que tout va bien se passer. Ça va être une saison pour former ma jument pour arriver prêt sur les grosses échéances.

Par Hugo Bâcle – Université de Poitiers

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